01/08/2007
Ses yeux noirs et son joli sourire
En traversant cette rue si droite, je m’accroche à la main de ma mère, je fais deux pas, pour rattraper le sien . Mes affaires sentent le neuf , du neuf pour une vie nouvelle , il fallait bien cela. Je ne suis pas à l’aise , ce cartable trop grand ne me semble pas encore mien, il lui manque quelques taches d’encre et des traces d’usure . Je marque un temps d’arrêt devant le porche, je les observe, eux : les 9 ans comme moi , ils se connaissent déjà tous, et je suis la nouvelle cette année.
» Non je n’ai pas peur maman ! J’ai juste pas envie d’y aller ! «
Pourquoi aurais-je la trouille, elle m’a 100 fois répété que ça allait bien se passer, Bon il est vrai qu’ une plus grande que les garçons dotée d’horribles lunettes, ne passe pas vraiment inaperçue…..ça me fait bizarre, ça m'impressionne , moi qui d’ordinaire suis l’élève effacée…. Des jumelles viennent à moi et me posent en choeur 3000 questions. Elles sont marrantes avec leurs cheveux de chinoise et leur accent d’ici . Ici dans le sud, où l’été met l’ accent parfois jusqu’en octobre . Ici un endroit chaleureux paraît il . Là où les gens prennent le temps de se parler , d'enjoliver leur langage, ce langage des mains et de paroles mélangées , et pas toujours les gestes accompagnent ladite élocution ( comme partout , non ?) , riant et pleurant plus forts, exagérant presque toujours, il faut s’y habituer , parfois c’est lourd …..
Au bout de 15 jours, la rue menant de l’école à la librairie était mon domaine, l’endroit parfait pour déambuler . Aller papoter avec le marchand de couleurs, la fille du vendeur d'électroménager devient même une copine, puis être amoureuse, en secret , du fils de l’imprimeur ( un grand d’au moins 14 ans) , m’acheter avec 2 francs des bonbons , croiser le fils du pharmacien à qui je n’osais pas parler, attendre au coin de la rue ma sœur revenant de l’école de danse ect… ahhh nostalgie de l’enfance quand tu nous tient …
Puis il y avait surtout Ludovic …. Dans la classe , Mme Julia l’ avait placé au fond…. Était ce juste un rêveur ? Ce besoin continuel de s’évader , se reposer à chacun des possibles . Moi je le trouvais gentil Ludovic . Haut comme 3 pommes , il arrivait dans la cour de récré presque toujours avec le sourire . Certains se questionnaient sur ses vêtements soit trop courts ou trop longs, jamais comme il fallait , un sac en tissu parfois en guise de cartable .Un œil au beurre noir qu’il n’arrivait pas toujours à expliquer…
Puis arrive l’un de ces jours où le monde des grands vient vous bouleverser , et vous voler une part d’ insouciance . Un jour où Ludovic riait , courrait et s’amusait …. Le petit garçon tombe , et se rape le genou . La maîtresse s’approche pour le relever et le soigner … Ludovic pleure encore et encore, il est angoissé , et commence à sangloter …. Il n’a pas vraiment mal , il a juste peur, peur juste , et brûlure injuste . Ses chaussures de plage n’ont pas résisté , elles ne sont pas faites pour les cours de récré : « Mon père va me taper «
Le lendemain Ludovic , à l’école , ne souriait pas …..

23:20 Publié dans portrait | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note






Commentaires
Un texte qui me touche, car non je n'ai pas vécu ça, mais je l'ai cotoyé et voir une amie souffrir n'est pas vraiment facil...
Ecrit par : chloé | 08/02/2008
Et une larme, encore une fois
Pour les petits princes blessés
Dont la douleur on ne sait pas
Souvent la voir et l'apaiser
Ecrit par : Lucas | 08/01/2009
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